Prémices d’un désastre - 7
17 juin 1720 – Le lazaret
Les
portefaix continuent de décharger les marchandises du « Grand
Saint-Antoine » en les transportant dans les halles du petit enclos. Ces
mêmes portefaix déballent alors les étoffes et les balles de coton pour leur
faire prendre l’air et ainsi les purger. Depuis le 4 juin, les passagers
attendent la fin de leur quarantaine chacun dans un cabanon clos et séparé par
des murs des autres cabanons contigus.
« Matelot, cinq minutes de causette,
pas plus. » Sur ces mots, le garde tâte sa poche pour vérifier que les
pièces données par le marin sont toujours là. Rassuré, il tourne bien
opportunément le dos au parloir. En soulevant discrètement le grillage qui le
sépare de la lingère qui est venue lui rendre visite, le marin lui passe un
premier sac en murmurant :
« Tiens,
la « Tanouse », ce sont mes habits sales. Lave-les. Et prends cet
autre sac. Il contient ma part de pacotilles. Vends-les un bon prix aux
tailleurs et fripiers que tu connais. Quand la quarantaine sera finie, je
viendrai chercher chez toi mes habits nettoyés et l’argent que tu auras
récolté. Tu auras ta part. »
Le soir, alors que les enclos sont censés
être fermés, deux ombres longent les quais du bassin nord du lazaret. Elles
s’arrêtent au pied d’un mur d’une des bastides accolées au bassin, jettent des
regards furtifs à droite et à gauche puis lancent au-dessus de l’enceinte des
étoffes soigneusement rempaquetées. De l’autre côté du mur, d’autres ombres
ramassent les paquets et les amènent promptement à l’intérieur de la bastide.
Le 27 juin, nous retournerons dans le Bureau de la santé.

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