Prémices d’un désastre - 6

03 juin 1720 – Bureau des échevins

« Toutes les marchandises seront finalement débarquées demain au lazaret.

— Pourquoi ce revirement de la part des intendants de santé ? Ce n’est pas ce qu’ils avaient décidé le 29 mai dernier.

— Il semblerait que le semainier Tiran ait de nouveau interrogé Chataud, le chirurgien du bord et l’équipage du « Grand Saint-Antoine » et qu’ils lui aient tous affirmé que les décès survenus à bord sont dus à de mauvais aliments. Rappelle-toi que ni le médecin de Livourne pour les trois matelots morts en mer, ni le chirurgien du Bureau de la santé pour le marin décédé il y a quelques jours n’ont diagnostiqué la peste comme cause de leur mort. Les intendants de santé ont donc décidé que les laines et cotons destinés à faire leur purge à l’île de Jarre seront débarqués aux Infirmeries demain, comme les matelots, passagers et étoffes précieuses.

— Sont-ils complètement inconscients ?

— Toutes les marchandises feront quarante jours de quarantaine, le vaisseau trente et les passagers vingt jours. Les mesures de sécurité sont prises.

— Tu sais aussi bien que moi que les murs des Infirmeries, aussi hauts soient-ils, ne sont pas infranchissables pour qui veut faire sortir de la marchandise avant la fin de leur quarantaine. Il se dit que certains propriétaires des bastides situées autour du bassin nord du lazaret faciliteraient la sortie de produits par leurs portes et fenêtres. Et sommes-nous si sûrs des gardes affectés à la surveillance des Infirmeries ?

— Allons, pourquoi tant d’inquiétude ? La dernière peste qui a sévi dans notre bonne ville date de 1649. L’organisation mise en place et renforcée depuis nous a prémuni jusqu’à aujourd’hui de ce terrible fléau. Les contacts que nous entretenons avec les ports méditerranéens et les consuls des Echelles, les patentes, le lazaret, la vigilance et le dévouement des intendants du Bureau de la santé garantissent notre sécurité.

— Je ne doute pas que tout ce système contribue à notre protection mais je me demande quelque fois si nous n’avons pas simplement eu de la chance. Combien de fois par le passé des négligences, des défaillances humaines, quand ce n’étaient pas des tentatives d’échapper à la quarantaine, auraient pu coûter très cher ! Tout ceci reste bien fragile, ne t’en déplaise. »


Prochain épisode le 17 juin dans un nouveau lieu : le lazaret.

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