Prémices d’un désastre - 5

01 juin 1720 – Bureau de la santé

La nuit est tombée depuis peu sur Marseille. Une faible lueur s’échappe d’une des fenêtres du Bureau de la santé. 

L’intendant Tiran est penché sur la déclaration du capitaine Chataud qu’il a recueillie le 25 mai dernier. Il se redresse, trempe le bout de sa plume dans l’encrier et écrit à la fin de la déposition : ayant déclaré que les gens de son équipage qui lui sont morts tant en route qu’à Livourne sont morts de mauvais aliments. 

Il repose la plume dans l’encrier, hésite puis se décide à mettre en accord la délibération du Bureau de la santé du 25 mai, faisant état d’une patente nette pour le « Grand Saint-Antoine », avec la déposition de Chataud où aucune remise de patente n’avait été mentionnée. Il se rappelle qu’il avait à chaque fois noté une remise de patente pour les six autres bateaux arrivés ce jour-là. Il commence à écrire lentement dans la marge : avec patente

Il s’arrête, lève son regard pour fixer le crucifix accroché au mur face à lui. Après quelques instants de méditation, ses yeux se détournent vers les textes réglementaires qui régissent la sécurité sanitaire du port et ont permis à la ville de ne plus connaître d’épidémie de peste depuis soixante-dix ans. 

Il reprend alors la plume et barre rageusement les deux derniers mots qu’il vient de noter. Il soupire, ferme les yeux et récite silencieusement une prière avant d’éteindre la chandelle et quitter les lieux.


Rendez-vous le 3 juin dans le bureau des échevins.

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