Prémices d’un désastre - 2
25 mai 1720 – Bureau des échevins
« On
vient de m’informer que le « Grand Saint-Antoine » est arrivé
aujourd’hui. Il est actuellement amarré dans la rade de Pomègues.
—
Qui est l’intendant semainier qui a pris la déposition de Chataud, le capitaine
du bateau ?
—
Tiran.
—
C’est bien. C’est un homme en qui nous pouvons avoir confiance. Es-tu informé
du contenu de la déposition de Chataud ?
—
Oui.
—
Et alors ?
—
Il a mentionné les neuf personnes mortes à son bord et produit les patentes
remises à Seyde, Tripoli et Chypre.
—
Ces patentes sont nettes, non ?
—
Oui, mais les intendants de Livourne ont écrit une mise en garde au dos de la
patente de Tripoli. Le médecin de la santé de Livourne, après avoir examiné les
trois marins morts lors de cette escale, a déclaré qu’ils étaient décédés de fièvres malignes
pestilentielles.
—
Ce n’est donc pas la peste.
—
Tu es au courant comme moi des nouvelles que nous avons reçues du consul de
Seyde. La peste y sévit. Elle a dû se déclarer juste après le départ du navire.
—
Comme tu le dis, après son départ.
—
Tu connais aussi bien Chataud que moi. J’ai appris qu’il s’était enfermé dans
le gaillard arrière de son vaisseau, interdisant à quiconque de venir le voir.
Ce n’est pas sans raison !
—
Qui t’a dit ça ?
—
Quelqu’un qui sait que « Le Grand Saint-Antoine » est venu mouiller
dans la rade du Brusc en ce début de mois, avant de repartir vers Livourne.
—
Pourquoi le capitaine Chataud aurait-il fait cela ? Il était plus proche
de Marseille que de Livourne.
—
C’est une bonne question. Peut-être pour s’entretenir avec les propriétaires de
la cargaison et décider de la marche à suivre. Six personnes étaient déjà
mortes à bord du « Grand Saint-Antoine ». Obtenir une patente nette
par le Bureau de la santé de Livourne permettrait de raccourcir le délai de
quarantaine et rendrait disponible la marchandise plus rapidement. Le précieux
chargement d’étoffes est destiné à la foire de Beaucaire, n’est-ce pas ?
—
Et alors ?
—
Elle a lieu en juillet. Tout juste à temps pour y être acheminé après sa
quarantaine de trente jours. Ah, nous venons de recevoir une copie de la
délibération du Bureau de la santé. Il y est fait état de la remise d’une
patente nette.
—
Tu vois, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. »
Rendez-vous le 27 mai pour la suite des discussions entre échevins.
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